Pétrole : le Brent dépasse 104 dollars, plus haut niveau depuis le début de la guerre en Iran

Le baril de Brent a clôturé à 104,51 dollars le 15 octobre, son plus haut niveau depuis le début du conflit en février, tandis que le diesel américain franchissait les 6 dollars le gallon. En cause : une multiplication des attaques contre les pétroliers dans le détroit d'Ormuz, qui fait grimper les primes d'assurance et les coûts de transport bien plus que la perte réelle de barils.
Le prix du pétrole a atteint le 15 octobre 2026 son plus haut niveau depuis le déclenchement de la guerre en Iran en février. Le baril de Brent, référence pour le pétrole transporté par voie maritime, a clôturé à 104,51 dollars, tandis que le WTI américain, davantage lié aux oléoducs intérieurs, s'est établi à 94,16 dollars. L'écart de 10,35 dollars entre les deux références, contre 3 à 5 dollars habituellement, traduit la prime de risque désormais payée pour tout brut exposé à la navigation dans le Golfe.
Un record d'attaques contre les pétroliers
Selon des données reprises par plusieurs analystes du secteur, 24 navires ont été visés par des attaques en deux semaines à la mi-octobre, contre 13 lors du précédent pic enregistré en mars — soit près du double. Le flux moyen de pétrole transitant par le détroit d'Ormuz sur sept jours se situerait environ 43 % en dessous de son niveau d'avant-guerre, selon les données du cabinet Kpler ; lors de la journée la plus perturbée, seuls 2,9 millions de barils y auraient transité, contre une voie qui achemine habituellement près d'un cinquième du pétrole mondial.
Fait notable souligné par les analystes : plusieurs producteurs du Golfe auraient en réalité exporté davantage qu'avant la guerre. Le problème ne serait donc pas tant la perte physique de barils que l'explosion des coûts d'assurance et de fret, ainsi que la réticence croissante des armateurs à envoyer leurs navires dans la zone.
Le diesel, premier touché
La flambée touche particulièrement le gazole : le diesel de détail américain a atteint 6,179 dollars le gallon le 12 octobre, contre des contrats à terme NYMEX ULSD autour de 4,633 dollars. Les stocks américains de distillats s'élèvent à 105,2 millions de barils, soit environ 14 % de moins que la moyenne des cinq dernières années, tandis que la capacité de raffinage opérationnelle du pays a légèrement reculé, à environ 18,027 millions de barils par jour contre 18,160 millions un an plus tôt. L'Agence américaine d'information sur l'énergie (EIA) anticipe un diesel de détail qui restera au-dessus de 6 dollars le gallon tout au long du mois d'octobre.
Des mécanismes d'amortissement limités
Plusieurs infrastructures permettent de contourner partiellement le détroit : l'oléoduc Est-Ouest saoudien, d'une capacité de 5 à 7 millions de barils par jour, la ligne Habshan-Fujairah des Émirats arabes unis (environ 1,5 million de barils par jour), ainsi que les capacités de production disponibles de l'OPEP+ (estimées entre 3,5 et 5,5 millions de barils par jour), les escortes navales et les réserves stratégiques. Ensemble, ces leviers atténuent la crise sans pouvoir compenser entièrement l'interruption du trafic normal dans le détroit.
Washington a par ailleurs mis en place un accord avec la Russie permettant d'importer jusqu'à environ 36 millions de barils de diesel russe par tranches, sous une licence générale de l'OFAC, mais l'autorisation initiale ne porte que sur environ 500 000 tonnes et expire en avril 2027.
Des prévisions très divergentes
Les économistes peinent à s'accorder sur la suite. L'EIA table sur un Brent autour de 105 dollars au quatrième trimestre 2026, avant un repli vers 84 dollars en 2027. Goldman Sachs, de son côté, anticipe un Brent nettement plus bas, autour de 71 dollars au quatrième trimestre, avant une remontée vers 90 dollars en décembre — des chiffres que les observateurs jugent eux-mêmes difficiles à concilier. Des scénarios plus extrêmes, évoquant un baril entre 150 et 200 dollars, circulent également, mais sans soutien institutionnel.
Les précédents historiques, comme l'attaque de 2019 contre les installations saoudiennes d'Abqaiq ou la « guerre des pétroliers » des années 1980, montrent que les pics de prix liés à des chocs géopolitiques ont généralement reflué une fois les capacités de réparation et de contournement jugées crédibles par les marchés — sans qu'il soit possible, à ce stade, de prédire quand un tel apaisement interviendra pour le conflit actuel.
Ce qui reste incertain
Les chiffres de bilan et d'écart de prix varient sensiblement d'une source à l'autre, et les prévisionnistes eux-mêmes reconnaissent la difficulté de l'exercice dans un contexte de guerre active. Cet article a une vocation informative et ne constitue pas un conseil en investissement. Latest-One suivra l'évolution des cours à mesure que la situation dans le détroit d'Ormuz évoluera.



