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Le baril de Brent franchit les 110 dollars, au plus haut depuis mai, sur fond de tensions au Moyen-Orient

Par La rédactionBusiness
Une pompe à pétrole rouillée située dans un paysage désertique sous un ciel partiellement nuageux.
Image d'illustration : pompe à pétrole (photo générique, sans lien avec les événements géopolitiques évoqués)David Brown · Pexels License

Le prix du pétrole s'envole : le Brent a dépassé les 110 dollars le baril pour la première fois depuis mai, porté par l'escalade des tensions entre l'Iran et les États-Unis autour du détroit d'Ormuz, les attaques houthistes contre l'Arabie saoudite et les frappes croisées entre la Russie et l'Ukraine sur les infrastructures énergétiques. Washington a annoncé la libération de 17 millions de barils de sa réserve stratégique pour tenter de calmer le marché.

Le marché pétrolier mondial s'est brusquement tendu ces derniers jours. Le baril de Brent, référence européenne, a clôturé à 109,86 dollars, en hausse de 3,7 % sur la séance, dépassant pour la première fois depuis le mois de mai le seuil symbolique des 110 dollars. Le brut américain WTI a suivi la même trajectoire, terminant à 101,41 dollars. Les deux références s'acheminent vers une deuxième semaine consécutive de hausse, portées par l'accumulation de plusieurs risques géopolitiques simultanés. Sur l'année, le brut affiche désormais une hausse de plus de 75 %.

Un faisceau de tensions au Moyen-Orient

Plusieurs foyers de tension alimentent la nervosité des marchés. En mer Rouge et sur le sol saoudien, les rebelles houthistes soutenus par l'Iran multiplient les tirs de missiles et de drones contre des sites liés à l'exportation pétrolière. Dans le détroit d'Ormuz, passage stratégique par lequel transite une part considérable du pétrole mondial, un accord de désescalade conclu il y a environ cinq mois avait permis une réouverture du trafic maritime, désormais proche de ses niveaux d'avant-crise avec plus de 100 millions de barils acheminés la semaine dernière. Mais les prix restent élevés, les opérateurs redoutant une nouvelle détérioration. Selon le cabinet d'analyse Eurasia Group, la probabilité d'une frappe américaine d'ampleur contre l'Iran est passée de 35 % à 65 %, les analystes jugeant que « le statu quo n'est plus tenable pour les États-Unis » après l'élection de mi-mandat du 3 novembre.

La guerre russo-ukrainienne frappe aussi les raffineries

Le second front de tension se situe en mer Noire et sur le territoire russe, où Moscou et Kiev continuent de viser mutuellement leurs infrastructures énergétiques. Une frappe ukrainienne rapportée sur la raffinerie russe de Riazan fait notamment peser un doute sur un projet russe de déblocage d'exportations de diesel vers les marchés internationaux. Le diesel russe demeurant largement exclu des marchés mondiaux en raison des sanctions, les autres raffineries doivent augmenter leur production pour compenser, ce qui tire les prix du gazole vers le haut plus vite encore que ceux du brut : les contrats à terme sur le diesel new-yorkais ont atteint 4,90 dollars le gallon, tandis que les prix européens du gazole ont plus que doublé depuis janvier.

Les marchés réapprennent à intégrer le risque

« Le marché doit réintégrer le risque dans ses prix », résume Rebecca Babin, analyste chez CIBC Private Wealth, après une accalmie de plusieurs semaines. Les traders ont renforcé leurs positions haussières, et le bond observé vendredi était jugé inhabituellement important pour une semaine jusque-là plutôt calme. Signe de prudence, l'intérêt ouvert sur le Brent est tombé à son plus bas niveau depuis mars 2025. Par ailleurs, le Brent, traditionnellement plus cher que le WTI, a vu son écart se réduire avec le brut américain, les coûts de transport maritime plus faibles depuis les États-Unis dopant la demande pour les barils américains.

« Le marché doit réintégrer le risque dans ses prix » — Rebecca Babin, CIBC Private Wealth.

Washington actionne sa réserve stratégique

Face à cette flambée, l'administration américaine a proposé de libérer jusqu'à 17 millions de barils de sa réserve stratégique de pétrole et presse d'autres pays consommateurs de faire de même afin de soulager le marché. Des élus américains ont par ailleurs déposé un projet de loi visant à empêcher un projet de déblocage des exportations de diesel russe envisagé par l'administration Trump. Avec les élections de mi-mandat du 3 novembre qui approchent, la marge de manœuvre du gouvernement américain pour faire baisser rapidement les prix à la pompe reste toutefois limitée.

Des conséquences qui dépassent la seule facture à la pompe

Au-delà de l'impact direct sur les automobilistes, la hausse des prix du pétrole et surtout du diesel inquiète les économistes, car le gazole irrigue une grande partie du transport de marchandises et de l'activité industrielle. Une hausse prolongée des coûts énergétiques pourrait aviver les pressions inflationnistes dans plusieurs grandes économies, à un moment où banques centrales et gouvernements cherchaient à consolider le ralentissement de l'inflation observé ces derniers mois.

Ce qui reste incertain

L'évolution des prix dépendra largement de la suite donnée aux tensions américano-iraniennes après le 3 novembre, ainsi que de l'efficacité des libérations de réserves stratégiques annoncées par Washington. Aucune source consultée ne permet à ce stade de dire si le seuil des 110 dollars marque un pic ou le début d'une nouvelle phase durable de hausse.

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