Aller au contenu principal

Burkina Faso : le pays inaugure sa première raffinerie d'or, entre souveraineté minière et défi de l'approvisionnement

Par La rédactionBusiness
Barres d'or dans un atelier, mettant en avant le travail du métal et les thèmes industriels.
Image d'illustration : barres de métal en atelier (photo générique, sans lien avec la raffinerie RAFFINOR-BF ni avec le Burkina Faso)Александр Максин · Pexels License

Le 28 septembre 2026, le président burkinabè Ibrahim Traoré a inauguré à Ouagadougou RAFFINOR-BF, la première raffinerie d'or du pays. Présentée comme un jalon de la politique de « souveraineté minière », l'installation devra toutefois sécuriser un flux d'or suffisant pour tourner à plein régime, dans un contexte de concurrence régionale croissante.

Le Burkina Faso a franchi une étape symbolique dans sa politique de souveraineté minière. Le lundi 28 septembre 2026, le président de la Transition, le capitaine Ibrahim Traoré, a inauguré à Ouagadougou RAFFINOR-BF, la première raffinerie d'or du pays. L'événement, largement relayé par la presse burkinabè et régionale, marque l'aboutissement d'un projet porté depuis plusieurs années par les autorités de Ouagadougou.

Une capacité annuelle de plusieurs centaines de tonnes visée

Installée dans la capitale burkinabè, l'usine affiche une capacité de traitement initiale évaluée entre 150 et 164 tonnes d'or par an selon les sources, avec l'ambition d'atteindre 515 tonnes annuelles une fois une seconde phase mise en service. Le projet a nécessité un investissement d'environ 11 milliards de francs CFA, financé principalement par l'État burkinabè via la Société nationale des substances précieuses, en partenariat avec des acteurs privés.

La direction générale de RAFFINOR-BF a été confiée à Adama Sawadogo. Le ministre des Mines, Yacouba Gouba Zabré, a résumé la philosophie du projet en des termes qui se veulent sans ambiguïté : « l'or du Burkina Faso doit être transformé, contrôlé, valorisé et certifié au Burkina Faso ».

Un pilier de la politique de souveraineté économique

Depuis l'arrivée au pouvoir du capitaine Traoré, Ouagadougou a fait de la reprise en main de ses ressources naturelles un axe central de son discours politique. Le Code minier de 2024 impose déjà aux exploitants industriels de transformer localement une partie de leur production, même si la proportion exacte doit encore être précisée par arrêté ministériel. Le pays a par ailleurs engagé un mouvement de nationalisation partielle de certains actifs miniers ces dernières années, dans la même logique de renforcement du contrôle étatique sur la filière aurifère, qui reste le premier pilier de l'économie burkinabè.

Au-delà du symbole, l'enjeu est aussi industriel et social : les autorités espèrent que la raffinerie créera des emplois qualifiés localement et améliorera la traçabilité de l'or produit dans le pays, un sujet sensible dans une région où l'orpaillage artisanal et la contrebande transfrontalière restent importants.

Le défi de l'approvisionnement en matière première

Reste une question de fond, soulevée par plusieurs observateurs du secteur minier régional : la raffinerie trouvera-t-elle assez d'or à traiter ? Le Burkina Faso a produit environ 94 tonnes d'or en 2025, dont près de 43 tonnes issues de l'exploitation artisanale, un volume qui reste inférieur à la capacité annoncée de l'usine. Sans un flux régulier et suffisant de matière première, une partie significative de la capacité de RAFFINOR-BF pourrait rester sous-exploitée.

Ce risque n'est pas théorique : plusieurs raffineries africaines comparables ont connu des débuts difficiles. Au Ghana, la Gold Coast Refinery a longtemps tourné en dessous de ses capacités, faute de volumes suffisants. En Afrique du Sud, la baisse de la production minière nationale a contraint la Rand Refinery à s'approvisionner à l'étranger pour maintenir son activité.

Une concurrence régionale qui s'intensifie

Le Burkina Faso n'est pas le seul pays de la région à miser sur la transformation locale de l'or. La Guinée prépare notamment son propre projet, la « Nimba Gold Refinery », dont la capacité annoncée pourrait dépasser 500 tonnes par an, soit davantage que RAFFINOR-BF. Le Mali et la Côte d'Ivoire disposent ou envisagent également des capacités de raffinage domestique. Cette multiplication de projets concurrents, dans un marché de l'or ouest-africain aux volumes limités, pourrait rendre plus difficile pour chaque pays de sécuriser suffisamment de matière première pour amortir ses investissements.

Ce qui reste incertain

  • La capacité réelle de traitement annoncée varie selon les sources consultées (150 ou 164 tonnes pour la première phase) ; la capacité officielle exacte n'a pas pu être confirmée par un document technique public à ce stade.
  • Le taux précis de transformation locale que devront respecter les sociétés minières industrielles n'est pas encore fixé par arrêté ministériel.
  • Les modalités concrètes d'approvisionnement de la raffinerie (contrats avec les sociétés minières industrielles, part de l'or artisanal collecté) n'ont pas été détaillées publiquement lors de l'inauguration.

Pour l'heure, RAFFINOR-BF reste avant tout une vitrine politique forte pour la Transition burkinabè. Sa réussite industrielle, elle, se jouera dans les mois et années à venir, sur la capacité du pays à mobiliser durablement des volumes d'or suffisants dans un contexte de prix aurifères élevés mais de concurrence régionale accrue.

Mots-clés

Sources

Articles connexes

Restez informé en continu

La lettre d’information ouvre bientôt. En attendant, le flux RSS reprend chaque article dès sa publication.

Burkina Faso : le pays inaugure sa première raffinerie d'or, entre souveraineté minière et défi de l'approvisionnement | Latest-One