Yémen : les combats s'intensifient à Taïz, près de 260 000 déplacés selon l'ONU

Les affrontements entre les forces gouvernementales yéménites et les Houthis se sont encore intensifiés ces derniers jours autour de la ville assiégée de Taïz, dans le sud-ouest du Yémen. L'ONU fait état de près de 260 000 personnes déplacées depuis août et de plus de 250 victimes civiles vérifiées, dont la moitié sont des enfants.
Les combats se sont nettement intensifiés ces derniers jours autour de la ville assiégée de Taïz, dans le sud-ouest du Yémen, où les forces gouvernementales, reconnues internationalement, affrontent les rebelles houthis. L'escalade militaire s'accompagne d'une dégradation rapide de la situation humanitaire, avec près de 260 000 personnes déplacées depuis le mois d'août selon les Nations unies.
Des combats concentrés sur les hauteurs stratégiques
Selon le porte-parole des forces gouvernementales, Majid al-Nazili, celles-ci ont mené 835 opérations contre les positions houthies, affirmant avoir fait 285 tués ou blessés dans les rangs adverses et détruit plusieurs chars et dépôts d'armes. Les affrontements les plus violents se concentrent sur les hauteurs de Jabal Han, à l'ouest de Taïz, qui surplombent les routes reliant la province à la base gouvernementale d'Aden, ainsi que dans les districts de Dhubab et d'al-Masrakh. Des frappes aériennes gouvernementales ont par ailleurs visé des rassemblements houthis plus au sud, dans la direction de Maafar.
Le gouvernement yéménite a averti qu'il pourrait élargir ses frappes aux rassemblements organisés par les Houthis dans les zones qu'ils contrôlent, qu'il accuse de servir au recrutement d'enfants soldats. Le ministère de la Défense a mis en garde les civils contre toute participation à ces rassemblements et à des « cours culturels », qualifiés par le gouvernement de cibles militaires légitimes — une annonce qui fait craindre une multiplication des victimes civiles dans les prochains jours.
Un bilan humain déjà lourd
Le Bureau des droits de l'homme des Nations unies (OHCHR) a vérifié 251 victimes civiles directement liées aux combats récents : 57 personnes tuées et 194 blessées. Fait marquant, la moitié des personnes tuées sont des enfants. Le ministère yéménite de l'Éducation estime par ailleurs que plus de 2,5 millions d'enfants sont aujourd'hui déscolarisés à cause du conflit. Dans un autre épisode récent à Taïz, le ministère yéménite de l'Intérieur a fait état de deux personnes tuées, dont une fillette, et de cinq blessées lors de bombardements houthis sur le gouvernorat.
Près de 260 000 déplacés depuis l'été
Selon le Bureau de la coordination des affaires humanitaires de l'ONU (OCHA), près de 260 000 personnes ont été déplacées depuis août, dont environ la moitié se sont réfugiées directement à Taïz, là où se concentrent les combats. Les organisations humanitaires affirment avoir assisté plus de 174 000 déplacés, soit près de six foyers déplacés sur dix, en leur fournissant nourriture, kits d'hygiène et aides financières d'urgence. Selon l'ONU, les familles récemment déplacées citent en priorité le besoin d'un abri, avant la nourriture et l'argent.
Une trêve effondrée, une offensive baptisée « Dawn of Yemen »
Le Yémen est en guerre depuis que les Houthis, soutenus par l'Iran, ont pris la capitale Sanaa et plusieurs provinces en 2014, provoquant en mars 2015 l'intervention d'une coalition militaire menée par l'Arabie saoudite en soutien au gouvernement reconnu internationalement. Une trêve négociée par l'ONU en 2022 avait permis une accalmie relative, avant de s'effondrer en juillet 2026 lorsque les Houthis ont annoncé un blocus des ports saoudiens. Début octobre, le gouvernement yéménite a lancé, avec l'appui de la coalition saoudienne, une offensive baptisée « Dawn of Yemen » (« Aube du Yémen »), visant à reprendre les zones tenues par les Houthis, dont la capitale Sanaa. Les Houthis contrôlent toujours une grande partie du nord et de l'ouest du pays, tandis que le gouvernement tient Aden et de vastes zones du sud et de l'est.
Craintes d'une escalade régionale
Les Houthis ont par ailleurs frappé des infrastructures aéroportuaires en Arabie saoudite : l'autorité saoudienne de l'aviation civile a fait état de deux morts après une attaque contre l'aéroport King Fahd de Dammam. Le mouvement affirme répondre à des restrictions imposées aux aéroports et aux ports qu'il contrôle, dont celui de Sanaa. De son côté, le gouvernement yéménite accuse les Houthis d'avoir visé les aéroports d'Aden et d'al-Rayyan ; le président du Conseil présidentiel de direction, Rashad al-Alimi, a condamné ces attaques et appelé la communauté internationale à classer les Houthis comme organisation terroriste.
Le département d'État américain a ordonné le départ du personnel non essentiel et des familles de son ambassade à Riyad, avertissant que les hostilités pourraient s'étendre rapidement dans la région.
Ce qui reste incertain
Le bilan exact des pertes militaires des deux camps ne peut être vérifié de façon indépendante, les chiffres communiqués provenant principalement des autorités gouvernementales yéménites. L'issue de l'offensive « Dawn of Yemen » et une éventuelle reprise des négociations de trêve restent, à ce stade, incertaines.



