Venezuela : un troisième cycle de pourparlers s'ouvre pour préparer la transition démocratique post-Maduro

Dix mois après la capture de Nicolás Maduro par les forces américaines, un troisième cycle de négociations, parrainé par Washington, réunit depuis la mi-octobre à Caracas le gouvernement intérimaire de Delcy Rodríguez et une partie de l'opposition vénézuélienne. Objectif affiché : poser les bases institutionnelles d'élections libres, pendant que Washington prépare en parallèle un remaniement ministériel et une nouvelle répartition des gisements pétroliers du pays.
Près d'un an après l'épisode qui a bouleversé le paysage politique vénézuélien, le pays cherche toujours la voie d'une sortie de crise durable. Un troisième cycle de négociations entre le gouvernement intérimaire et une partie de l'opposition s'est ouvert à la mi-octobre à Caracas, sous le parrainage des États-Unis, avec pour objectif de poser les bases institutionnelles d'élections libres. Washington, qui pèse directement sur le cours des événements depuis la capture de Nicolás Maduro, prépare dans le même temps un remaniement du gouvernement et une redistribution des immenses réserves pétrolières du pays.
Un pouvoir sous tutelle depuis la capture de Maduro
Le point de bascule remonte à janvier 2026 : des forces américaines ont capturé Nicolás Maduro et son épouse lors d'une opération menée à Caracas, avant de les transférer à New York, où ils doivent être jugés pour narcoterrorisme. Le président Donald Trump avait alors annoncé que les États-Unis superviseraient la transition vénézuélienne « jusqu'à la mise en place d'un nouveau gouvernement ». Les deux réélections de Maduro, en 2018 et 2024, avaient été largement considérées comme frauduleuses par la communauté internationale, et sa gouvernance jugée de plus en plus autoritaire.
Depuis cette capture, c'est Delcy Rodríguez, vice-présidente sous Maduro et longtemps fidèle du chavisme, qui assure la présidence par intérim. Son gouvernement a pris plusieurs mesures d'ouverture : libération de centaines de prisonniers politiques, fermeture du centre de détention d'El Helicoide, régulièrement cité pour des accusations de torture, annonce de réformes judiciaires et déblocage de l'accès à certains sites d'information jusque-là censurés.
Un troisième cycle de pourparlers centré sur les élections
C'est dans ce contexte que s'est ouvert, mi-octobre, un troisième cycle de discussions entre le gouvernement et une délégation de l'opposition conduite par Dinorah Figuera, dont le bloc politique avait obtenu la majorité à l'Assemblée nationale lors du scrutin de 2015, la dernière élection largement reconnue comme régulière sur le plan international. Ces pourparlers, engagés depuis le mois d'août sous l'égide de Washington, portent, selon un haut responsable du département d'État américain, sur « le processus politique, les élections, et l'implication des différents partis ».
Les deux premiers cycles auraient déjà permis des avancées concrètes : mise en place d'une cour suprême indépendante, accès à certains sites internet, réforme de lois jugées répressives. Le troisième cycle, qui doit durer jusqu'à la fin du mois, vise cette fois à construire les institutions et les structures nécessaires à l'organisation d'élections et à une transition démocratique. Fait notable, l'opposante historique María Corina Machado, en exil, reste exclue de ces discussions.
Une influence américaine assumée, jusque dans le pétrole
Au-delà du volet politique, la presse hispanophone fait état d'une nouvelle phase préparée par Washington, articulée autour de trois volets : un remaniement du cabinet de Delcy Rodríguez pour en écarter les profils les plus associés à l'ancien pouvoir chaviste, la répartition de grands gisements pétroliers entre multinationales, et la remise de nouveaux responsables de l'ère Maduro à la justice américaine. Sur trente-quatre portefeuilles ministériels, une dizaine seraient occupés par des personnalités déjà en poste sous Maduro.
Diosdado Cabello, figure historique du chavisme visée par une prime américaine de 25 millions de dollars pour narcoterrorisme, verrait ainsi sa sortie du gouvernement envisagée, de même que plusieurs autres ministres. Deux responsables, Tareck El Aissami et Alexander Granko Arteaga, seraient quant à eux voués à être transférés à la justice américaine. Côté énergie, le département américain de l'Énergie doit présenter début 2027 la répartition détaillée de dix-sept champs pétroliers, estimés à 65 milliards de barils, dont les droits d'exploitation sur cent ans ont déjà fait l'objet d'un accord annoncé en août avec une entreprise liée à l'homme d'affaires Alejandro Betancourt. María Corina Machado a pour sa part affirmé qu'elle respecterait ces accords si elle accédait au pouvoir, tout en rappelant que des investissements de long terme exigent, selon elle, des élections libres.
Ce qui reste incertain
Plusieurs éléments rapportés par la presse hispanophone n'ont pas été confirmés officiellement à ce stade : la détention effective de l'ancien magistrat Maikel Moreno, évoquée par certains médias sans confirmation des autorités américaines ou vénézuéliennes, ainsi que les spéculations sur un éventuel transfert d'actifs de Diosdado Cabello à l'étranger, qui reposent sur des rapports de vols de jets privés sans preuve documentaire présentée publiquement. Le calendrier précis d'éventuelles élections n'a, à ce jour, pas été fixé.



