Nigeria : l'inflation retombe à 14,6 %, la banque centrale lâche du lest

L'inflation nigériane a poursuivi son net reflux en septembre, retombant à 14,63 % en glissement annuel contre près de 21 % un an plus tôt. Cette désinflation, portée par la baisse des prix alimentaires, a permis à la banque centrale d'abaisser significativement son taux directeur, dans un pays qui sort progressivement de plusieurs années de réformes économiques douloureuses.
L'inflation nigériane a poursuivi son net reflux en septembre 2026, retombant à 14,63 % en glissement annuel, contre 15,39 % en août et 20,98 % un an plus tôt, selon les données publiées par le Bureau national des statistiques (NBS). Cette désinflation continue, portée notamment par la baisse des prix alimentaires, a permis à la Banque centrale du Nigeria (CBN) d'abaisser nettement son taux directeur, dans un pays qui sort progressivement de plusieurs années de réformes économiques aussi nécessaires que douloureuses pour la population.
Une désinflation qui s'accélère mois après mois
Le mouvement de ralentissement des prix se confirme depuis plusieurs mois : l'inflation annuelle est passée de 20,98 % en septembre 2025 à 15,39 % en août 2026, puis à 14,63 % en septembre 2026. Sur un seul mois, la hausse des prix n'a été que de 0,06 %, contre 0,71 % en août. L'inflation sous-jacente, qui exclut les produits agricoles frais et l'énergie, a elle aussi nettement reculé, à 12,95 % sur un an contre 22,11 % un an plus tôt, même si elle a légèrement accéléré sur le seul mois de septembre (+1,11 %, après -0,06 % en août).
Le rôle moteur de la baisse des prix alimentaires
L'inflation alimentaire, longtemps le principal moteur de la crise du pouvoir d'achat au Nigeria, s'établit désormais à 19,59 % en glissement annuel, contre 20,16 % un an plus tôt. Sur le seul mois de septembre, les prix alimentaires ont même reculé de 1,55 %, après une hausse de 1,02 % en août. Le NBS relève des baisses de prix moyens pour plusieurs denrées de base : farine de sorgho, farine de maïs, œufs, oignons, huile de palme, riz local, pommes de terre, gombo, tomates et bananes plantains. Les produits alimentaires et boissons non alcoolisées restent toutefois le premier contributeur à l'inflation globale, avec 5,85 points de pourcentage, devant la restauration et l'hébergement (1,89 point) et les transports (1,56 point).
La banque centrale desserre l'étau monétaire
Face à ce ralentissement durable des prix, la Banque centrale du Nigeria a abaissé son taux directeur de 350 points de base, le ramenant à 23 %, contre 26,5 % auparavant. Cette décision met fin à six mois de maintien du taux à son plus haut niveau, une politique monétaire très restrictive qui visait précisément à juguler l'inflation record des années précédentes. Elle intervient alors que l'activité économique montre des signes de reprise : le produit intérieur brut réel a progressé de 4,43 % au deuxième trimestre 2026, contre 3,89 % au premier trimestre, porté notamment par l'agriculture, les services et le secteur pétrolier.
Le prix de plusieurs années de réformes impopulaires
Cette embellie statistique survient après plusieurs années de réformes économiques engagées depuis l'investiture du président Bola Tinubu, en mai 2023 : suppression des subventions sur l'essence, qui avait fait bondir le prix du carburant à la pompe, et unification du taux de change du naira, jusque-là maintenu artificiellement par la banque centrale et source d'un important marché noir des devises. Ces mesures, saluées par les institutions financières internationales comme nécessaires pour redresser des finances publiques dégradées, avaient dans l'immédiat alimenté une inflation à deux chiffres et fait basculer, selon des estimations de la Banque mondiale citées à l'époque, plusieurs millions de Nigérians supplémentaires dans la pauvreté.
Une économie qui retrouve des couleurs, sous conditions
Le Fonds monétaire international, dans les perspectives publiées à la mi-octobre pour ses assemblées annuelles, anticipe désormais une accélération de la croissance nigériane à 4,3 % en 2027, dans un contexte de désinflation progressive. De nombreux défis structurels demeurent cependant : une pression fiscale encore inférieure à la moyenne africaine, une dépendance persistante aux revenus pétroliers et la nécessité de protéger les ménages les plus pauvres pendant la phase de transition. Pour l'économie la plus peuplée d'Afrique, le repli de l'inflation reste pour l'instant un motif d'espoir plus qu'une victoire définitive sur la vie chère.
Ce qui reste incertain
Les sources consultées ne précisent pas de déclaration officielle de la Banque centrale ou du gouvernement nigérian accompagnant la publication de ces chiffres, ni de prévision chiffrée d'inflation pour les prochains mois. L'ampleur exacte de l'impact des réformes de 2023 sur la pauvreté actuelle, plusieurs années après leur mise en œuvre, n'a pas non plus pu être établie avec précision à partir des éléments disponibles.



