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Mouvement lycéen : l'« acte III » du 6 octobre mobilise des centaines de milliers de jeunes, Lecornu suspend les cours jeudi et vendredi

Par La rédactionMonde
Salle de classe vide avec des pupitres en bois et un tableau vert
Image d'illustration : salle de classe vide (photo générique, sans lien avec les établissements ou les événements décrits)Valentin Ivantsov / Pexels · Pexels License

Mardi 6 octobre, la troisième grande journée de mobilisation lycéenne et étudiante a réuni 256 000 manifestants selon le ministère de l'Intérieur et 450 000 selon les organisateurs, dans un climat tendu. Alors que les blocages se poursuivent depuis fin septembre, le Premier ministre a annoncé une suspension des cours en fin de semaine pour permettre un temps de dialogue dans les lycées.

Pour la troisième fois en moins de deux semaines, lycéens et étudiants sont descendus dans la rue. Mardi 6 octobre, ce que les organisations de jeunesse ont baptisé l'« acte III » de la mobilisation a rassemblé 256 000 manifestants dans le pays, dont 56 000 à Paris, selon le ministère de l'Intérieur. L'intersyndicale de la jeunesse en revendique 450 000, dont 100 000 dans la capitale. Environ 891 des quelque 3 700 lycées ont été totalement ou partiellement perturbés, selon les autorités.

Une journée sous haute tension

La journée s'est déroulée dans une trentaine de villes, dont Paris, Marseille, Lyon, Lille, Strasbourg ou Toulouse. Selon la CGT, 30 000 personnes ont défilé à Marseille. Les enseignants, soutenus par plusieurs syndicats (SNES-FSU, SNUEP-FSU, SNEP-FSU, CGT, FO, CFDT) et par la fédération de parents d'élèves FCPE, ont rejoint l'appel.

La fin de journée a été marquée par des heurts à Paris, près de la place de la Nation, où la police a fait état de « 300 individus hostiles » ayant lancé des projectiles, avec des tirs de gaz lacrymogène et de grenades. Au total, 488 personnes ont été interpellées dans le pays mardi et 43 membres des forces de l'ordre ont été blessés, selon le décompte relayé par Europe 1. Depuis le 28 septembre, le nombre d'interpellations dépasse 6 500.

Comment le mouvement s'est construit

Le mouvement est né mi-septembre dans les lycées, d'abord contre les coupes dans les aides au logement (APL) et la hausse annoncée des frais d'inscription, selon L'Étudiant. Il a pris de l'ampleur à partir du 28 septembre, avec des blocages d'établissements et des interventions policières : 440 interpellations ont été annoncées par le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez pour la seule journée du 29 septembre, principalement des mineurs. Le 1er octobre, une trentaine d'universités ont à leur tour été bloquées partiellement, selon l'Union étudiante, qui y voit « le meilleur début de mobilisation depuis longtemps ».

Ce que réclament les jeunes

Les revendications se sont élargies au fil des semaines. Les manifestants dénoncent des salles de classe vétustes et surchargées, un manque d'enseignants et de moyens, et réclament le remplacement systématique des professeurs absents. Ils demandent aussi une réforme de Parcoursup, la plateforme d'admission dans l'enseignement supérieur, ainsi que des aides permettant d'étudier dans de bonnes conditions.

Violences et blessés : des faits qui font l'objet d'enquêtes

Le mouvement s'accompagne d'incidents graves, dont la responsabilité fait l'objet d'accusations croisées. Le ministre de l'Éducation nationale, Édouard Geffray, a dénoncé des « violences inqualifiables » après des blessures parmi des personnels, notamment un chef d'établissement touché par un projectile. Le ministre de l'Intérieur a, de son côté, jugé l'action des forces de l'ordre justifiée et proportionnée. La secrétaire générale de la CGT, Sophie Binet, a critiqué l'envoi de la police face à de jeunes manifestants.

Près de Lens, un adolescent de 15 ans a eu la main arrachée par une grenade, a annoncé le procureur de Béthune, qui a ouvert une enquête confiée à l'IGPN. Les circonstances exactes restent à établir.

La réponse du gouvernement

Face à la pression, l'exécutif a lâché du lest. Le 1er octobre, Édouard Geffray a annoncé l'abandon des frais d'inscription de 178 euros en BTS et de 270 euros en classes préparatoires, prévus pour les étudiants non boursiers dans le projet de budget 2027. Le budget de l'Éducation nationale doit augmenter d'environ 1,1 milliard d'euros pour atteindre 65,5 milliards, mais il prévoit aussi la suppression de 1 588 postes d'enseignants, selon Public Sénat. L'Union étudiante a dénoncé un « écran de fumée ».

Mardi, devant l'Assemblée nationale, le Premier ministre Sébastien Lecornu a annoncé une normalisation des emplois du temps jeudi et vendredi, afin que chaque chef d'établissement organise un « temps de démocratie interne » avec les élèves. Il a condamné les violences, tout en rejetant l'idée d'une « répression policière » et en accusant La France insoumise d'attiser les tensions. Il a aussi promis des évolutions sur Parcoursup.

Ce qu'il faut suivre

Les organisations lycéennes et étudiantes jugent les annonces insuffisantes et réclament des mesures concrètes. La mobilisation pourrait donc se poursuivre, alors que le budget 2027 doit être débattu au Parlement sous la menace d'une motion de censure. L'issue de l'enquête sur la blessure de l'adolescent de Lens et les suites données aux interpellations de mineurs seront également scrutées.

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