Maurice sous couvre-feu après la blessure par balle d'une jeune femme par un policier

Depuis plusieurs jours, l'île Maurice, longtemps présentée comme un modèle de stabilité, est secouée par des émeutes urbaines après qu'un policier a blessé par balle une femme de 27 ans. Le Premier ministre Navin Ramgoolam a imposé un couvre-feu, prolongé jusqu'à vendredi, et près d'une centaine de personnes ont été arrêtées. Les violences s'enracinent dans une colère plus ancienne contre les pénuries d'eau et la vie chère.
Depuis le week-end dernier, l'île Maurice connaît l'une des périodes de troubles les plus intenses de son histoire récente. Les émeutes urbaines qui secouent plusieurs régions de l'île ont éclaté après qu'un policier a blessé par balle une jeune femme de 27 ans, Elodie Thomas, alors qu'elle rentrait de son travail en camionnette dans la région de Beau Bassin-Rose Hill, au sud de la capitale Port-Louis.
Un couvre-feu prolongé jusqu'à vendredi
Le Premier ministre Navin Ramgoolam a annoncé mardi, lors d'une allocution télévisée, l'instauration d'un couvre-feu nocturne de 20h30 à 6h du matin. D'abord circonscrit à Port-Louis et aux principales agglomérations, il a ensuite été étendu à environ un tiers du territoire mauricien, soit dix régions administratives, essentiellement en périphérie des villes. Le gouvernement a prolongé la mesure jusqu'à vendredi matin face à la persistance des violences.
Le chef du gouvernement a averti que « personne n'a le droit de se faire justice soi-même », tout en pointant la responsabilité de réseaux de trafiquants de drogue qu'il accuse d'attiser les troubles. Selon des sources policières citées par l'AFP, ces trafiquants financeraient des toxicomanes pour qu'ils attaquent des commissariats.
Pillages, incendies et affrontements
Les nuits de troubles ont été marquées par des pillages, des incendies de pneus sur les routes et des dégradations visant des bâtiments publics : commissariats endommagés, feux de signalisation détruits, caméras de vidéosurveillance arrachées. Des vidéos ont également montré des manifestants tirant des feux d'artifice en direction des forces de l'ordre. L'unité paramilitaire Special Mobile Force a été déployée en renfort.
Le bilan humain reste, à ce stade, concentré du côté des forces de l'ordre : sept policiers ont été blessés au cours des affrontements. Trois agents ont par ailleurs été suspendus pour « manquement à l'obligation de porter assistance à une personne en danger de mort », et un sergent a été arrêté et inculpé en lien avec la fusillade à l'origine des troubles. Une enquête a été ouverte, et le parquet national a demandé qu'elle couvre également les membres de la Special Mobile Force présents sur place. Elodie Thomas, la femme blessée, a subi une opération chirurgicale pour retirer la balle et se trouvait, selon le ministère de la Santé, hors de danger.
Près de 100 arrestations, dont 16 mineurs
Selon les autorités, environ 94 personnes avaient été arrêtées depuis le début des émeutes à mardi soir, dont 84 en une seule journée, portant le total à près d'une centaine. Parmi les personnes interpellées figurent 16 mineurs. Ces derniers pourraient être poursuivis en vertu de la législation antiterroriste mauricienne, une perspective qui suscite déjà des interrogations sur la proportionnalité de la réponse judiciaire.
Dans la foulée, le gouvernement a indiqué envisager d'abaisser de 14 à 12 ans l'âge à partir duquel un mineur peut être placé en détention et poursuivi pénalement, une mesure qui ne manquera pas d'alimenter le débat public dans les prochaines semaines.
Une colère ancrée dans la vie chère et les pénuries d'eau
Si la fusillade a mis le feu aux poudres, les manifestations avaient commencé avant cet épisode, portées par une exaspération plus ancienne face aux coupures d'eau récurrentes et à la hausse du coût de la vie. Les écoles et les transports publics ont été fermés plusieurs jours de suite, du primaire au secondaire, et le cabinet gouvernemental s'est réuni en urgence pour évaluer la situation.
Ce climat tranche avec l'image habituelle de Maurice, souvent présentée comme l'une des démocraties les plus stables d'Afrique et une destination touristique haut de gamme, portée par une économie diversifiée entre tourisme, textile et services financiers. Indépendante du Royaume-Uni depuis 1968, l'île avait brièvement atteint le statut de pays à revenu élevé en 2020, avant d'être durement frappée par la pandémie de Covid-19. Les derniers troubles d'une ampleur comparable remontaient à 1999, lorsque la mort d'un musicien populaire en détention policière avait déclenché plusieurs jours d'émeutes.
Ce qui reste incertain
Le bilan exact des arrestations, l'identité complète des personnes poursuivies et les suites judiciaires précises envisagées contre les mineurs n'ont pas été communiqués de manière homogène par les sources disponibles à ce stade. De même, l'ampleur réelle de l'implication de réseaux de trafiquants de drogue, évoquée par le Premier ministre, n'a pas été établie par une enquête indépendante au moment de la publication de cet article.



