Fonction publique : après la journée de grève du 29 septembre, le gel du point d'indice reste au cœur du bras de fer

Entre 206 000 manifestants selon le ministère de l'Intérieur et plus de 300 000 selon la CGT, la journée de mobilisation du 29 septembre a réuni l'ensemble des syndicats de la fonction publique contre un nouveau gel du point d'indice en 2027. Avec environ 10 % de grévistes dans la fonction publique d'État, le mouvement est réel, mais sa suite reste incertaine.
La fonction publique est descendue dans la rue le 29 septembre. À l'appel de huit organisations syndicales, dont la CGT, FO, la CFDT, l'UNSA, la FSU et Solidaires, agents de l'État, des collectivités et des hôpitaux ont manifesté dans plus de 150 rassemblements à travers le pays. Leur cible : le gel du point d'indice prévu pour 2027, que le gouvernement de Sébastien Lecornu inscrit dans son projet de budget.
Une mobilisation chiffrée de deux manières
Comme souvent, le décompte des manifestants varie du simple au… presque double. La CGT revendique plus de 300 000 personnes dans le pays, dont 70 000 à Paris. Le ministère de l'Intérieur, lui, en recense 206 000, dont 30 000 dans la capitale. Un ordre de grandeur, d'environ 200 000 manifestants, que l'AFP a également relayé dans son récit de la semaine.
Du côté des grévistes, les taux restent modérés : environ 9,96 % dans la fonction publique d'État selon le bilan relayé en fin de journée (9,64 % à la mi-journée), 7,25 % dans la fonction publique territoriale et 4,10 % dans le secteur hospitalier. L'éducation affichait 13,71 % d'enseignants grévistes à la mi-journée. Les pompiers, très sollicités par les feux de forêt de l'été, figurent parmi les professions les plus mobilisées.
Pourquoi le point d'indice cristallise la colère
Le point d'indice est la valeur de référence qui sert à calculer le traitement de base des quelque 5,9 millions d'agents publics. Son gel en 2027 serait, selon la presse spécialisée, le quatrième consécutif et le huitième en dix ans. Le gouvernement en attend environ 2 milliards d'euros d'économies, dans un projet de budget qui prévoit au total 43 milliards d'euros de mesures de redressement.
Pour les syndicats, l'addition est lourde pour les agents. Depuis 2017, le point d'indice n'a été revalorisé que deux fois : de 3,5 % en 2022 puis de 1,5 % en 2023, soit environ 5 % au total, quand l'inflation cumulée a dépassé 20 %. Selon les organisations, les agents publics ont ainsi perdu plus de 16 % de pouvoir d'achat, auxquels s'ajouteraient environ 3 points en 2027. Elles soulignent aussi que près de 862 000 agents, soit près d'un sur six, perçoivent un traitement de base inférieur au SMIC et dépendent d'indemnités différentielles pour y revenir.
Le front syndical uni, mais sans calendrier
Sophie Binet, secrétaire générale de la CGT, a rappelé que les agents publics « étaient au front tout l'été ». Laure Revel, de la CFDT Fonction publique, a dénoncé un « appauvrissement » et un manque de reconnaissance. Les discussions entre syndicats et gouvernement s'étaient interrompues en juillet, et une nouvelle rencontre était prévue le 1er octobre, sans que les organisations n'obtiennent, à ce stade, de garanties solides.
L'unité syndicale est rare et symbolique, mais plusieurs analystes soulignent la limite de l'exercice : une journée isolée ne suffit pas à bâtir un rapport de force durable, en l'absence d'un calendrier de grève reconductible. Les revendications portent sur une revalorisation générale des rémunérations, une indexation sur l'inflation et des moyens supplémentaires pour les services publics.
La suite : le débat budgétaire en toile de fond
Le rendez-vous décisif se jouera au Parlement. Le projet de budget 2027, présenté le 1er octobre, doit être débattu à partir d'octobre dans un contexte tendu : la gauche promet la censure et le gouvernement n'exclut ni le 49.3 ni les ordonnances. Pour les agents publics, l'enjeu est double : obtenir un geste sur le point d'indice, ou, à défaut, des mesures ciblées pour les rémunérations les plus basses et les carrières.
Dans cette séquence, la question salariale de la fonction publique devient aussi un test politique, à sept mois de l'élection présidentielle : jusqu'où le pouvoir peut-il demander des efforts à ses propres agents sans fragiliser davantage les services publics qu'il prétend préserver ?



