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Crise de l'eau en Afrique de l'Ouest : la CEDEAO adopte à Abidjan un plan d'action régional inédit

Par La rédactionMonde
Rivière paisible s'écoulant à travers un paysage verdoyant bordé d'arbres sous un ciel nuageux.
Image d'illustration : paysage de rivière en Afrique (photo générique, sans lien avec le Forum régional de l'eau d'Abidjan).Mike van Schoonderwalt · Pexels License

Réunis à Abidjan les 24 et 25 septembre, les pays d'Afrique de l'Ouest ont adopté leur toute première feuille de route régionale sur l'eau, la Déclaration d'Abidjan. Portée par la CEDEAO, l'UEMOA et le CILSS, elle vise à transformer une ressource critique — partagée par 28 bassins fluviaux transfrontaliers — en outil de stabilité et de développement pour toute la région.

Réunis les 24 et 25 septembre à Abidjan, les États d'Afrique de l'Ouest ont franchi une étape inédite dans la gestion d'une ressource trop souvent reléguée au second plan des priorités régionales : l'eau. À l'issue du tout premier Forum régional de l'eau d'Afrique de l'Ouest (FREAO), les participants ont adopté la Déclaration d'Abidjan, une feuille de route commune censée transformer la gouvernance de l'eau en véritable outil de stabilité, de sécurité alimentaire et de développement économique pour les seize pays de la région.

Une région où l'eau ignore les frontières

Le constat qui a motivé cette initiative tient en un chiffre : l'Afrique de l'Ouest compte 28 bassins fluviaux partagés, qui couvrent environ 71 % du territoire de la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO). Les grands fleuves de la région — le Niger, le Sénégal, la Gambie ou encore la Volta — traversent plusieurs pays avant de rejoindre l'océan, ce qui rend toute gestion strictement nationale largement insuffisante face aux dérèglements du régime des pluies, aux sécheresses récurrentes dans le Sahel et à la multiplication des inondations.

C'est ce qui a conduit la CEDEAO à co-organiser le forum avec deux autres institutions régionales : l'Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) et le Comité permanent inter-États de lutte contre la sécheresse au Sahel (CILSS). Sous le thème « Valoriser l'eau pour transformer l'Afrique de l'Ouest », l'événement avait pour ambition de bâtir une vision commune de la gouvernance, du financement et de la gestion durable de l'eau, en cohérence avec l'Agenda 2063 de l'Union africaine et la Vision 2050 de la CEDEAO.

Ce que dit la Déclaration d'Abidjan

Le texte adopté à l'issue des deux jours de travaux s'articule autour de cinq piliers stratégiques : la gestion intégrée des ressources en eau, le financement durable des infrastructures hydrauliques, le renforcement de la résilience climatique, la « diplomatie de l'eau » entre États riverains d'un même bassin, et la coopération transfrontalière.

Au-delà des principes, plusieurs mécanismes concrets ont été annoncés pour éviter que la déclaration ne reste lettre morte :

  • la création d'un comité régional de suivi associant institutions publiques, société civile et partenaires techniques et financiers ;
  • la mise en place d'un groupe de négociation spécialisé chargé de porter une position commune ouest-africaine dans les grandes négociations internationales sur l'eau et le climat ;
  • la publication programmée d'un rapport biennal sur l'état de l'eau en Afrique de l'Ouest, destiné à objectiver les progrès région par région.

« La gouvernance de l'eau est un choix politique stratégique et un pilier de la stabilité régionale », a résumé le Premier ministre ivoirien Robert Beugré Mambé, dont le pays accueillait le forum. De son côté, le commissaire de la CEDEAO Amin Amidu Sulemani a qualifié la rencontre d'« appel régional à l'action pour renforcer la sécurité de l'eau et la résilience climatique ».

Une urgence climatique et sécuritaire

Le calendrier de ce forum n'est pas anodin. Quelques jours plus tôt seulement, des parlementaires de la CEDEAO avaient alerté sur les risques sécuritaires liés au recul des terres arables et des ressources en eau dans la région, évoquant une véritable « bombe à retardement » pour la stabilité du Sahel et des zones côtières. Les tensions autour de l'accès à l'eau, exacerbées par la croissance démographique et les déplacements de populations, sont en effet de plus en plus citées par les experts régionaux comme un facteur aggravant des conflits locaux, notamment autour des zones de pâturage et des points d'eau partagés entre éleveurs et agriculteurs.

En désignant l'eau comme un sujet à la fois environnemental, économique et sécuritaire, la Déclaration d'Abidjan cherche à sortir ce dossier des seuls ministères de l'Environnement pour l'inscrire dans les agendas de sécurité régionale, aux côtés de la lutte contre le terrorisme ou de l'intégration économique.

Et maintenant ?

Le choix du Cabo Verde pour accueillir la deuxième édition du forum, dans un format désormais institutionnalisé, se veut le signe que cette dynamique doit se poursuivre au-delà d'un simple événement ponctuel. Reste à savoir si les bailleurs de fonds régionaux et internationaux suivront avec des financements à la hauteur des ambitions affichées : les infrastructures hydrauliques transfrontalières — barrages, systèmes d'irrigation partagés, réseaux d'alerte précoce contre les inondations — nécessitent des investissements considérables que peu de budgets nationaux peuvent porter seuls.

Ce qui reste incertain

Ni la CEDEAO ni les organisateurs n'ont communiqué, à ce stade, de montant précis pour le financement du plan d'action ni de calendrier détaillé de mise en œuvre pilier par pilier. Le comité régional de suivi annoncé n'a pas encore de composition ni de première réunion connue. Ces éléments devraient se préciser dans les mois qui viennent, notamment à l'approche du rapport biennal promis sur l'état de l'eau dans la région.

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