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Au Pérou, Keiko Fujimori obtient des pouvoirs de décret pour lutter contre le crime organisé

Par La rédactionMonde
Photo par drone du skyline de Lima avec des gratte-ciels modernes dans la région de Callao.
Image d'illustration : skyline de Lima, capitale du Pérou (photo générique, sans lien direct avec les événements décrits dans l'article)Daniel Reynaga · Pexels License

Le 6 octobre 2026, les députés péruviens ont accordé à la présidente Keiko Fujimori la possibilité de légiférer par décret pendant 90 jours sur la sécurité et le phénomène El Niño, un pouvoir réduit par rapport à sa demande initiale. La mesure intervient alors que le pays traverse sa pire crise sécuritaire depuis la fin du conflit armé interne, et ravive les critiques sur l'héritage de son père, l'ex-président Alberto Fujimori.

Les députés péruviens ont accordé, dans la nuit du 6 au 7 octobre 2026, des pouvoirs de décret à la présidente Keiko Fujimori pour légiférer contre le crime organisé sans passer par le Congrès. Le texte, adopté par 66 voix pour, 34 contre et 24 abstentions au terme d'une séance plénière de plus de dix heures, limite toutefois la portée et la durée de ce que la présidente avait demandé.

Des pouvoirs réduits par rapport à la demande initiale

Keiko Fujimori avait sollicité, fin août, la possibilité de légiférer par décret pendant 120 jours dans plusieurs domaines : lutte contre la criminalité organisée, réforme de l'État et droit du travail. Les députés ont restreint cette autorisation à deux champs seulement - la sécurité citoyenne et les mesures face au phénomène climatique El Niño, qui pourrait être cette année l'épisode le plus intense et le plus dévastateur depuis 1998 - et ramené sa durée à 90 jours. Ils ont également retiré deux dispositions sensibles : la qualification de « terroristes » pour les groupes criminels, et un renforcement de la protection légale pour les personnes invoquant la légitime défense. Le texte doit désormais être approuvé par le Sénat, où les forces de droite sont mieux organisées que l'opposition.

Concrètement, les pouvoirs accordés permettent à la présidente de modifier les mécanismes d'enquête et de lutte contre la criminalité organisée, ainsi que de durcir le régime pénitentiaire et le contrôle migratoire.

Une crise sécuritaire inédite depuis des décennies

Le Pérou, qui compte environ 34 millions d'habitants, traverse ce que plusieurs médias régionaux qualifient de pire crise sécuritaire depuis la fin du conflit armé interne qui a opposé l'État péruvien et des mouvements guérilleros entre 1980 et 2000. Les chiffres cités par la presse régionale donnent la mesure de la dégradation : les homicides sont passés d'environ 1 000 en 2018 à 2 600 en 2025, tandis que les plaintes pour extorsion ont bondi de 3 200 à 26 500 sur la même période. Des bandes criminelles locales et étrangères pratiquent l'extorsion et les assassinats commandités, un phénomène qui a fait de la sécurité la principale préoccupation des électeurs lors de la présidentielle.

Une présidente élue de justesse, héritière d'un nom controversé

Keiko Fujimori, 51 ans, a remporté le second tour de l'élection présidentielle le 7 juin 2026 avec un peu plus de 50 000 voix d'avance sur le candidat de gauche Roberto Sánchez - 50,13 % contre 49,87 % des suffrages exprimés. Elle avait perdu trois seconds tours consécutifs lors des scrutins précédents. Investie le 28 juillet, elle est devenue la neuvième présidente du pays en une décennie, succédant au président par intérim José María Balcázar. Fille de l'ex-président Alberto Fujimori, incarcéré pour corruption et crimes contre l'humanité pendant son mandat (1990-2000), elle avait promis pendant sa campagne de combattre la délinquance « d'une main de fer », à l'image de son père.

Des critiques sur fond de mémoire des violences passées

L'investiture de la présidente a ravivé les critiques de proches de victimes des violences commises pendant le conflit armé interne et sous la présidence de Dina Boluarte (2022-2025), destituée par le Congrès en octobre 2025. Son parti, Force populaire, premier groupe au Congrès sans y détenir la majorité, est accusé d'avoir soutenu des lois d'amnistie bénéficiant à des policiers et militaires poursuivis pour violations des droits humains, ainsi que de protéger l'ex-présidente Boluarte face aux poursuites engagées contre elle. Raúl Samillán, dont le frère a été tué par balle en 2023 lors de la répression de manifestations, a accusé ces responsables d'avoir « le sang de nos proches sur leurs mains ». Marly Anzualdo, qui recherche toujours le corps de son frère disparu en 1993, a déclaré ne rien attendre de bon de la nouvelle présidente.

Ce qui reste incertain

Le vote du Sénat, étape finale avant l'entrée en vigueur des pouvoirs de décret, n'était pas encore acquis au moment de la rédaction de cet article. La répartition exacte des pouvoirs réduits accordés dans les domaines de la réforme de l'État et du droit du travail, évoquée par les députés sans être détaillée, reste également à préciser. Latest-One suivra l'issue du vote au Sénat.

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