Tesla dévoile son Roadster « édition SpaceX » : prouesse spectaculaire ou pari risqué ?

Après près de dix ans d'attente et au moins huit reports, Tesla a présenté le 15 octobre, près de Waco au Texas, un prototype de Roadster doté d'un « pack SpaceX » : dix propulseurs à gaz froid censés lui permettre de bondir, pivoter et accélérer de 0 à 100 km/h en un peu plus d'une seconde. L'annonce, aussi spectaculaire que contestée, n'a pour l'instant fait l'objet d'aucune vérification indépendante et la production reste fixée à 2027-2028.
C'est un dévoilement attendu depuis près d'une décennie qui a enfin eu lieu le 15 octobre, dans un hangar près de Waco, au Texas. Tesla y a fait la démonstration d'un prototype de sa Roadster de deuxième génération, équipé d'un « pack SpaceX » censé transformer une voiture de sport en engin capable de brefs décollages. La présentation, à la fois spectaculaire et difficile à vérifier de façon indépendante, relance l'un des projets les plus retardés de l'histoire de la marque.
Une démonstration qui mêle voiture et fusée
Lors de l'événement, le véhicule a utilisé des propulseurs et des ventilateurs puissants pour grimper une rampe inversée, pivoter sur lui-même en l'air et retomber sur le bitume. Il aurait aussi bondi par-dessus une série de véhicules Tesla rangés côte à côte : un Cybercab, un Cybertruck, un Tesla Semi, une Model Y et une Model 3, selon les comptes rendus de la soirée. Elon Musk a décrit l'engin comme la « meilleure des dernières voitures conduites par des humains », la comparant aux voitures de James Bond, à la Lotus Esprit ou encore à des avions comme le SR-71 et le F-35.
Dix propulseurs et des chiffres vertigineux
Techniquement, le « pack SpaceX » repose sur dix propulseurs à gaz froid alimentés par 600 litres d'air comprimé, stockés selon Tesla dans des réservoirs en fibre de carbone (COPV) rechargeables. Ce type de réservoir, utilisé aussi sur les fusées de SpaceX, a déjà été associé par le passé à plusieurs incidents sur des lanceurs de l'entreprise, ce qui invite à la prudence sur les promesses de fiabilité. Tesla annonce un passage de 0 à 100 km/h en un peu plus d'une seconde pour les versions les plus poussées, une autonomie de 480 km et une vitesse de pointe supérieure à 370 km/h. Ces chiffres n'ont fait l'objet d'aucune mesure indépendante à ce stade.
Trois versions, des prix encore flous
Le constructeur prévoit trois déclinaisons. La version « Performance », route-ready, mise sur l'aérodynamisme actif. La version « Thrust » ajoute des propulseurs à l'arrière pour une accélération sous la seconde. La version « Rocket », réservée sur invitation et non homologuée pour la route, embarque les dix propulseurs. Les réservations sont ouvertes à 50 000 dollars pour la première et 250 000 dollars pour la seconde, mais Tesla n'a toujours pas communiqué de prix de vente final, ni de date de production garantie : la livraison est désormais évoquée pour 2027-2028.
Un calendrier marqué par de nombreux reports
Le projet ne manque pas d'historique. La Roadster de deuxième génération avait été dévoilée dès 2017, avec une production alors promise pour 2020. Depuis, le calendrier a glissé à au moins huit reprises. La présentation elle-même, un temps programmée pour le 1er avril 2026 - une date qu'Elon Musk avait justifiée en plaisantant par le « déni plausible » qu'elle offrirait en cas de nouveau retard -, a ensuite été repoussée à plusieurs reprises avant d'être fixée au 1er octobre, puis décalée de deux semaines en raison, selon Tesla, de vents trop forts sur le site.
Fascination et scepticisme
La présentation a suscité des réactions contrastées. Le youtubeur spécialisé Marques Brownlee a réagi avec scepticisme, se demandant publiquement s'il s'agissait d'une plaisanterie, et a cité un chiffre de vitesse de pointe très supérieur (plus de 610 km/h) à celui communiqué officiellement par Tesla (370 km/h), une incohérence relevée mais non expliquée. De son côté, Fred Lambert, journaliste du site spécialisé Electrek, a reconnu un travail d'ingénierie réel tout en rappelant qu'« un travail d'ingénierie réel et un produit commercialisé sont deux choses très différentes », notant que les premiers acheteurs, qui ont versé leur dépôt il y a près de dix ans, attendent toujours un véhicule de série. Musk lui-même a tempéré les attentes en indiquant que la sécurité n'était pas l'objectif premier du projet, précisant qu'il fallait « aspirer à ne tuer personne ».
Ce qui reste incertain
Plusieurs éléments méritent d'être suivis avant de tirer des conclusions. Aucune des performances annoncées - accélération, vitesse de pointe, autonomie - n'a été mesurée par un tiers indépendant, et les chiffres communiqués par Tesla varient déjà selon les sources. La fiabilité et la sécurité des réservoirs à gaz comprimé, rapprochés par certains observateurs d'incidents survenus sur des fusées SpaceX, n'ont pas été détaillées publiquement. Enfin, compte tenu des huit reports déjà essuyés depuis 2017, rien ne garantit que la date de production 2027-2028 soit tenue, ni que la version « vol » présentée lors de la démonstration corresponde à un véhicule réellement commercialisé. Latest-One suivra les prochaines étapes du dossier, notamment d'éventuels essais menés par des observateurs extérieurs à Tesla.



