Startups africaines : la fintech cède du terrain à la logistique et à l'énergie

Les startups africaines ont déjà levé environ 2 milliards de dollars en 2026, un montant qui pourrait approcher les 3 milliards d'ici la fin de l'année selon la plateforme Africa: The Big Deal. Derrière ce chiffre record se cache une recomposition profonde du secteur : la fintech, longtemps reine des levées de fonds, perd du terrain face à la logistique, l'énergie solaire et l'agritech.
Les chiffres impressionnent, mais ils cachent une transformation plus intéressante encore. Selon les données de la plateforme spécialisée Africa: The Big Deal, les startups africaines ont levé environ 2 milliards de dollars entre janvier et septembre 2026, hors opérations de cession. Une projection évoque un total qui pourrait « approcher les 3 milliards de dollars d'ici la fin de l'année ». Depuis 2019, ce sont plus de 25 milliards de dollars qui ont été injectés dans plus de 2 600 jeunes pousses du continent.
Mais derrière cette trajectoire ascendante se joue une recomposition sectorielle que les médias technologiques français, souvent focalisés sur la Silicon Valley ou les grandes annonces américaines, couvrent rarement : la fintech, longtemps moteur quasi exclusif de l'investissement tech africain, cède du terrain à la logistique, à l'énergie solaire et à l'agriculture.
La fintech détrônée, mois après mois
Le basculement est net quand on regarde le détail mois par mois. En janvier 2026, les startups de la fintech dominaient encore largement les levées de fonds avec 131,6 millions de dollars collectés, portées notamment par les égyptiennes ValU et NowPay. Un mois plus tard, en février, le secteur chutait à la quatrième place du classement sectoriel, avec seulement 54,1 millions de dollars levés.
Cette bascule n'est pas un accident isolé : elle rejoint une dynamique déjà observée début 2025, où la fintech dominait en janvier avant de voir d'autres secteurs lui disputer la vedette dans les mois suivants. Le signal envoyé aux investisseurs est clair — la martingale fintech, qui a fait la réputation des hubs technologiques de Lagos, Nairobi ou Le Caire, n'est plus une évidence.
Logistique, énergie, agriculture : les nouveaux moteurs
En février 2026, c'est la logistique et le transport qui ont pris la tête des levées, avec 119,6 millions de dollars récoltés. Deux opérations illustrent cette tendance : la société de mobilité électrique Spiro, qui a levé 57 millions de dollars, et la plateforme de covoiturage GoCab, avec 45 millions de dollars. L'énergie et l'eau arrivaient en deuxième position du mois, à 94 millions de dollars, portés quasi intégralement par les 94 millions de dollars levés par SolarAfrica pour un projet d'énergie solaire.
Sur l'ensemble de l'année, ce sont les technologies propres, l'énergie solaire, la logistique et l'agriculture qui tirent désormais la croissance des financements — des secteurs directement liés aux besoins d'infrastructures du continent, plutôt qu'aux services financiers numériques qui avaient porté la première vague de startups africaines dans les années 2010.
Le retour en force de la dette comme instrument de financement
Autre évolution notable : la part croissante de la dette dans le financement des jeunes pousses africaines, en particulier pour celles qui possèdent des actifs physiques (véhicules, panneaux solaires, infrastructures logistiques). Ce financement provient principalement d'institutions financières de développement et de fonds à impact social, plutôt que des fonds de capital-risque traditionnels.
Au premier semestre 2026, sur 1,4 milliard de dollars levés au total — un montant quasiment stable par rapport au premier semestre 2025 (1,44 milliard) mais en retrait par rapport au second semestre 2025 (1,7 milliard) — environ 900 millions de dollars, soit 66 %, provenaient du capital-risque classique, contre 33 % de financement par la dette. Le mois de juin a été particulièrement actif, avec 48 entreprises ayant levé au total 515 millions de dollars, selon Africa: The Big Deal, qui recense également 264 investisseurs actifs sur la période et 190 entreprises ayant dépassé la barre des 100 000 dollars levés.
Un écosystème à plusieurs vitesses
Cette embellie générale ne profite toutefois pas à tous les pays de la même manière. L'écosystème tunisien, pourtant considéré comme l'un des plus solides du continent sur le plan des compétences et de l'innovation, reste en retrait des grandes levées de fonds, freiné par l'étroitesse de son marché intérieur et par une réglementation des changes jugée contraignante par les investisseurs.
Ce qui reste incertain
- La projection de 3 milliards de dollars pour l'ensemble de l'année 2026 reste une estimation ; elle dépendra des opérations encore à venir d'ici décembre.
- La répartition exacte des financements par pays sur l'ensemble de l'année n'a pas été détaillée dans les sources disponibles à ce stade.
- L'impact à moyen terme de la montée de la dette comme instrument de financement — notamment sur la soutenabilité financière des jeunes entreprises concernées — reste à évaluer.
Un signal mérite d'être retenu : loin de l'image d'un secteur tech africain uniquement porté par la fintech mobile, c'est désormais la capacité à financer des infrastructures concrètes — mobilité électrique, énergie solaire, chaînes logistiques — qui attire le plus de capitaux. Une évolution silencieuse, mais structurante pour l'économie réelle du continent.



