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Les valeurs technologiques asiatiques chutent face à la montée en puissance du chinois CXMT

Par NIKUE HervéTech
Gros plan détaillé d'une carte de circuit imprimé d'ordinateur montrant ses composants électroniques.
Image d'illustration : carte de circuit imprimé (photo générique, sans lien avec CXMT, Samsung ou SK Hynix).Ivan Chumak · Pexels License

Les marchés asiatiques ont reculé mardi 13 octobre, les valeurs des semi-conducteurs étant les plus touchées par la crainte d'une concurrence accrue du fabricant chinois de puces mémoire CXMT, qui a dévoilé une nouvelle architecture de DRAM. Samsung Electronics et SK Hynix ont chuté respectivement de 7,4 % et 10 %, entraînant dans leur sillage l'indice sud-coréen KOSPI.

Les marchés financiers asiatiques ont connu une séance agitée mardi 13 octobre, les valeurs liées aux semi-conducteurs essuyant les pertes les plus lourdes. En cause : la présentation par le fabricant chinois de puces mémoire CXMT d'une nouvelle architecture de cellule, qui ravive les craintes d'une intensification de la concurrence sur un marché jusqu'ici dominé par les groupes sud-coréens et taïwanais.

Une déroute boursière concentrée sur les semi-conducteurs

L'indice MSCI Asie-Pacifique hors Japon a reculé de plus de 2 %, retombant à son niveau le plus bas depuis fin juillet. En Corée du Sud, le KOSPI a chuté de plus de 5 %, sa plus forte baisse en une séance depuis la mi-août. Samsung Electronics a perdu 7,4 % et SK Hynix 10 % — les deux groupes avaient déjà reculé de 3,6 % et 3,4 % la veille, lundi 12 octobre. Le taïwanais TSMC a cédé plus modestement 1,8 %, tandis que le conglomérat japonais SoftBank, très exposé aux investissements dans l'intelligence artificielle, a chuté de 8 %. Aux États-Unis, les contrats à terme laissaient présager une ouverture dans le rouge, avec Micron et Nvidia en repli respectivement de 2,5 % et 0,6 % avant Bourse.

CXMT, l'outsider chinois qui inquiète

Au cœur de cette nervosité : une présentation faite le 10 octobre à Shanghai, lors de la 4e conférence sur les puces et chiplets intégrés, par le président de CXMT (Changxin Memory Technologies), Cao Kanyu. L'entreprise, fondée en 2016 et dont la plateforme DRAM de dernière génération est entrée en production de masse en septembre, y a dévoilé une architecture de cellule mémoire dite « 4F² », qui empile verticalement transistor et condensateur au lieu de les juxtaposer, selon une conception appelée à réduire la taille de chaque cellule par rapport à la norme actuelle dite « 6F² ». Le gain de densité est estimé par des analystes du secteur entre 30 et 50 %, mais CXMT n'a publié ni caractéristiques techniques précises, ni résultats de performance, ni validation par des clients.

CXMT vise une mise sur le marché de modules DDR5 RDIMM de qualité serveur d'ici la fin de l'année. L'entreprise, entrée en Bourse à Shanghai en juillet 2026 avec un bond de 466 % dès le premier jour de cotation — amplifié par un flottant réduit —, détenait environ 9,5 à 10 % du marché mondial de la DRAM au deuxième trimestre 2026, selon les cabinets TrendForce et Counterpoint Research. Samsung et SK Hynix conservent toutefois une avance considérable, avec des parts de marché respectives d'environ 38-39 % et 25 %, et dominent toujours le segment de la mémoire à large bande passante (HBM) utilisée dans les puces d'intelligence artificielle, où CXMT ne dispose à ce jour d'aucune ligne de production connue.

Un secteur déjà sous tension

Pour l'analyste Julien Lafargue, de Barclays Private Bank, cette séance a surtout rappelé aux investisseurs que l'industrie des puces mémoire reste cyclique et vulnérable aux chocs de concurrence. Le patron de Broadcom, Hock Tan, a par ailleurs jeté un froid supplémentaire en comparant certains investissements réalisés dans l'intelligence artificielle à du « pari de casino », une déclaration qui a nourri les doutes sur le niveau de valorisation atteint par le secteur ces derniers mois.

Fait notable : CXMT elle-même a reculé de 3,1 % lundi, ce qui suggère, selon certains observateurs, un mouvement de prudence généralisé ou de prise de bénéfices plutôt qu'un transfert net de valeur de la Corée vers la Chine.

Une correction qui épargne l'Europe

Contrairement à l'Asie, les marchés européens ont plutôt profité de la journée : l'indice STOXX 600 a progressé de 0,5 %, atteignant son plus haut niveau en une semaine, porté par une exposition technologique plus limitée et par la baisse du prix du pétrole — le baril de Brent reculant de 1,7 % à 104,78 dollars. Du côté obligataire, la demande pour la dette souveraine a augmenté, faisant refluer le rendement des bons du Trésor américain à 10 ans à 5,193 %, contre un pic de 5,364 % atteint la semaine précédente, son plus haut niveau en 24 ans.

Ce qui reste incertain

CXMT n'a publié aucune caractéristique technique détaillée ni résultat de performance vérifié pour son architecture 4F², et sa capacité à produire à grande échelle avec de bons rendements reste incertaine, notamment en raison des restrictions à l'exportation d'équipements de pointe vers la Chine. Samsung ne serait pas attendu sur une production de masse en 4F² avant 2028 environ.

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